Livres rares suivis par AirTag : ils finissent dans un entrepôt Amazon qui les détruit
Un journaliste a caché une balise de localisation dans un envoi de livres rares pour savoir qui les achetait en masse. La commande est partie de l’autre bout des États-Unis et s’est arrêtée dans un entrepôt Amazon de Las Vegas, où des employés scannent les livres et les détruisent au passage pour alimenter l’entraînement de modèles d’IA. L’enquête de 404 Media vaut le détour, et le logo de l’équipe qui s’en charge est une pépite.
L’idée
Depuis un moment, des libraires reçoivent des commandes inhabituelles : de très gros volumes de livres achetés par des clients anonymes qui ne regardent pas le prix. Le soupçon, déjà documenté pour Anthropic en 2025, est que ces acheteurs sont des entreprises qui scannent les ouvrages pour en faire des données d’entraînement.
404 Media a eu une idée simple pour vérifier. En juillet, un libraire a reçu une commande d’environ 1 000 livres sur Biblio, une place de marché. Le journaliste a demandé au vendeur de glisser un AirTag fourni par la rédaction dans l’un des volumes. Puis il a suivi le colis.
La destination
L’envoi a abouti dans l’entrepôt VGT3 d’Amazon, dans le nord-est de Las Vegas. Des employés du site décrivent un fonctionnement sans fioritures : ils reçoivent des cartons entiers de livres imprimés, coupent les reliures pour accélérer la numérisation, et le livre est détruit dans l’opération. Des discussions entre employés sur un forum interne confirment que VGT3 scanne de gros volumes de livres de façon destructive.
Le détail qui tue : le logo de l’équipe qui s’occupe de ce travail est un tyrannosaure rouge qui tient un livre entre ses griffes, avec une fâcheuse tendance à le déchiqueter plus qu’à le lire.
Ce que ça raconte
Amazon n’avait pas communiqué sur cette opération. On savait que les acteurs de l’IA achetaient massivement des livres pour les scanner ; on savait moins que le processus détruit l’original. La balise a permis de documenter le trajet complet d’une commande, de la librairie au broyeur.
Pour qui s’intéresse à l’IA, c’est un rappel concret de la provenance des données d’entraînement. Et pour qui aime les livres, la vision d’un carton de rares ouvrages dont on coupe la reliure pour aller plus vite dans un entrepôt du Nevada a quelque chose d’absurde. Le logo a au moins le mérite de ne pas mentir.